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Directive
services :
l’Europe du marché frappe encore
Au mois de février dernier, le Parlement
européen adoptait en première lecture la proposition de
directive relative aux services dans le marché intérieur,
dite directive Bolkestein. Le texte adopté éliminait les
aspects les plus ultralibéraux du projet proposé par la
Commission européenne. En particulier, le principe du pays d’origine
disparaissait du texte et le droit du travail et un certain nombre d’activités,
relevant des services publics ou liées à la puissance publique,
en étaient exclues comme par exemple les services sociaux, les
logements sociaux, les services liés à l’enfance et
à la famille, les services de soins de santé, etc. Le texte
adopté fournissait de plus une définition renforcée
de la notion de « raison impérieuse d’intérêt
général » et rendait possible juridiquement le contrôle
des entreprises.
Les modifications apportées à
ce texte sont le premier résultat de la mobilisation des opinions
publiques, des acteurs sociaux et associations citoyennes. Cette proposition
de directive reste pourtant inacceptable dans sa logique même. Elle
est basée sur le dogme de la concurrence et constitue un pas en
avant supplémentaire dans la construction de l’Europe par
le marché.
La directive vient d’être adoptée
définitivement par le Parlement européen. Elle reprend dans
son intégralité la version que le Conseil européen
avait adoptée au mois de juillet. Si cette version ne revient pas
sur la plupart des modifications apportées en première lecture
par le Parlement européen, le Conseil a néanmoins introduit
un certain nombre de dispositions inquiétantes. Ainsi, l’exclusion
des services sociaux a été restreinte et le respect du droit
du travail au niveau national a été subordonné au
respect du droit communautaire, alors même que le droit du travail
n’est théoriquement pas une compétence de l’Union.
De plus, le Conseil a introduit une nouvelle
disposition lourde de conséquences sur le fonctionnement de l’Union.
Elle donne à la Commission européenne un pouvoir nouveau
sur les législations nationales qui s’apparente fort à
une mise sous tutelle. Les gouvernements devront justifier auprès
de la Commission l’existence de certaines dispositions légales
et devront lui soumettre un rapport sur la mise en oeuvre de la directive.
De plus, la Commission fournirait une fois par an des orientations en
vue de son application. Ce renforcement du rôle de la Commission
porte à son comble la confusion institutionnelle dans l’Union
et donne à une instance incontrôlée un poids politique
considérable, alors même que les contre-pouvoirs démocratiques
sont embryonnaires.
Face aux modifications introduites par le
Conseil et la Commission, la Commission du marché intérieur
du Parlement n’a pas voulu proposer au vote ses amendements, capitulant
ainsi en rase campagne devant le Conseil et la Commission. Le Parlement
européen a ainsi renoncé à défendre son propre
texte. Pour l’Union syndicale Solidaires, même si les aspects
les plus socialement régressifs du projet initial ont été
retirés, cette directive est un pas de plus dans la construction
de l’Europe par le marché et ne correspond donc pas à
la volonté des peuples.
Le 15 novembre
2006
Fédération
Nationale SUD Santé Sociaux - 2
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