J.O. Numéro
101 du 30 Avril 2002 page 7790
Textes généraux
Ministère
de l'emploi et de la solidarité
Décret no 2002-637 du 29 avril 2002 relatif à l'accès
aux informations personnelles détenues par les professionnels et les établissements
de santé en application des articles L.
1111-7
et L. 1112-1 du code de la santé publique
NOR : MESP0221143D
Le Premier ministre,
Sur le rapport de la ministre de l'emploi et de la solidarité et du ministre
délégué à la santé,
Vu le code de la santé publique, notamment les articles L. 1110-4, L.
1111-7 et L. 1112-1 issus de la loi no 2002-303 du 4 mars 2002 relative
aux droits des malades et à la qualité du système de santé ;
Vu la saisine du Conseil national de l'ordre des médecins ;
Le Conseil d'Etat (section sociale) entendu,
Décrète :
Section
1
Dispositions générales
Art. 1er. - L'accès aux informations relatives à la santé
d'une personne, mentionnées à l'article L. 1111-7 du code de la santé
publique et détenues par un professionnel de santé, un établissement de
santé ou un hébergeur agréé en application de l'article L. 1111-8 du même
code, est demandé par la personne concernée, son ayant droit en cas de
décès de cette personne, la personne ayant l'autorité parentale, le tuteur
ou, le cas échéant, par le médecin qu'une de ces personnes a désigné comme
intermédiaire.
La demande est adressée au professionnel de santé ou à l'hébergeur et,
dans le cas d'un établissement de santé, au responsable de cet établissement
ou à la personne qu'il a désignée à cet effet et dont le nom est porté
à la connaissance du public par tous moyens appropriés.
Avant toute communication, le destinataire de la demande s'assure de l'identité
du demandeur et s'informe, le cas échéant, de la qualité de médecin de
la personne désignée comme intermédiaire.
Selon les cas prévus par l'article L. 1111-7 précité, le délai de huit
jours ou de deux mois court à compter de la date de réception de la demande
; lorsque le délai de deux mois s'applique en raison du fait que les informations
remontent à plus de cinq ans, cette période de cinq ans court à compter
de la date à laquelle l'information médicale a été constituée.
Art. 2. - A son choix, le demandeur obtient du professionnel
de santé, de l'établissement de santé ou de l'hébergeur communication
des informations demandées, soit par consultation sur place, avec, le
cas échéant, remise de copies de documents, soit par l'envoi de copies
des documents. Les frais de délivrance de ces copies sont laissés à la
charge du demandeur dans les conditions fixées par l'article L. 1111-7
du code de la santé publique.
Dans le cas d'une demande de consultation sur place adressée à un établissement
de santé, le demandeur est informé du dispositif d'accompagnement médical
organisé par l'établissement dans les conditions visées à l'article R.
710-2-1 du code de la santé publique.
Les copies sont établies sur un support analogue à celui utilisé par le
professionnel de santé, l'établissement de santé ou l'hébergeur, ou sur
papier, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques
du professionnel ou de l'organisme concerné.
Art. 3. - Lorsque la demande est imprécise ou qu'elle
n'exprime pas de choix quant aux modalités de communication des informations,
le professionnel de santé, l'établissement ou l'hébergeur informe le demandeur
des différentes modalités de communication ouvertes par le présent décret
et lui indique celles qui seront utilisées à défaut de choix de sa part.
Si, au terme du délai de huit jours ou celui de deux mois prévu à l'article
L. 1111-7 du code de la santé publique, le demandeur n'a toujours pas
précisé sa volonté, le professionnel de santé, l'établissement ou, le
cas échéant, l'hébergeur mettent à sa disposition les informations sous
la forme qu'ils lui avaient précédemment indiquée.
Art. 4. - Lorsque la présence d'une tierce personne lors
de la consultation de certaines informations est recommandée par le médecin
les ayant établies ou en étant dépositaire, celles-ci sont communiquées
dès que le demandeur a exprimé son acceptation ou son refus de suivre
la recommandation. En cas d'absence de réponse du demandeur au terme d'un
des délais prévus à l'article L. 1111-7 précité, les informations lui
sont communiquées.
Art. 5. - Lorsque, dans les circonstances prévues au
quatrième alinéa de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique,
le détenteur des informations recueillies dans le cadre d'une hospitalisation
d'office ou d'une hospitalisation sur demande d'un tiers estime que la
communication de ces informations au demandeur ne peut avoir lieu que
par l'intermédiaire d'un médecin, il en informe l'intéressé. Si celui-ci
refuse de désigner un médecin, le détenteur des informations saisit la
commission départementale des hospitalisations psychiatriques, qui peut
également être saisie par l'intéressé conformément aux dispositions de
l'article L. 3223-1 du code de la santé publique.
L'avis de la commission, qui s'impose au demandeur et au détenteur, leur
est notifié.
La saisine de la commission ne fait pas obstacle à la communication des
informations si le demandeur revient sur son refus de désigner un médecin.
Dans ce cas, lorsque la saisine a eu lieu, le détenteur en informe la
commission.
Art. 6. - La personne mineure qui souhaite garder le
secret sur un traitement ou une intervention dont elle fait l'objet dans
les conditions prévues à l'article L. 1111-5 du code de la santé publique
peut s'opposer à ce que le médecin qui a pratiqué ce traitement ou cette
intervention communique au titulaire de l'autorité parentale les informations
qui ont été constituées à ce sujet. Le médecin fait mention écrite de
cette opposition.
Tout médecin saisi d'une demande présentée par le titulaire de l'autorité
parentale pour l'accès aux informations mentionnées à l'alinéa ci-dessus
doit s'efforcer d'obtenir le consentement de la personne mineure à la
communication de ces informations au titulaire de l'autorité parentale.
Si en dépit de ces efforts le mineur maintient son opposition, la demande
précitée ne peut être satisfaite tant que l'opposition est maintenue.
Lorsqu'en application de l'article L. 1111-7 du même code la personne
mineure demande que l'accès du titulaire de l'autorité parentale aux informations
concernant son état de santé ait lieu par l'intermédiaire d'un médecin,
ces informations sont, au choix du titulaire de l'autorité parentale,
adressées au médecin qu'il a désigné ou consultées sur place en présence
de ce médecin.
Art. 7. - L'ayant droit d'une personne décédée qui souhaite
accéder aux informations médicales concernant cette personne, dans les
conditions prévues au septième alinéa de l'article L. 1110-4 du code de
la santé publique, doit préciser, lors de sa demande, le motif pour lequel
elle a besoin d'avoir connaissance de ces informations. Le refus d'une
demande opposé à cet ayant droit est motivé.
Ce refus ne fait pas obstacle, le cas échéant, à la délivrance d'un certificat
médical, dès lors que ce certificat ne comporte pas d'informations couvertes
par le secret médical.
Art. 8. - Pour l'application des dispositions mentionnées
aux troisième à sixième alinéas de l'article L. 1111-7 du code de la santé
publique, les informations de santé qui ont été déposées auprès d'un hébergeur
par un professionnel ou un établissement de santé ne peuvent être communiquées
par cet hébergeur à la personne qu'elles concernent qu'avec l'accord du
professionnel de santé ou de l'établissement qui en a le dépôt.
Section
2
Dispositions propres aux établissements de santé
Art. 9. - La sous-section 2 de la section I du chapitre
Ier du titre Ier du livre VII du code de la santé publique est rédigée
comme suit :
"
Sous-section 2 "
« Information des personnes accueillies dans les établissements de santé
publics et privés et communication des informations de santé définies
à l'article L. 1111-7
« Art. R. 710-2-1. - Le directeur de l'établissement veille à ce que toutes
mesures soient prises pour assurer la communication des informations définies
à l'article L. 1111-7.
« Dans les établissemens publics de santé et les établissements de santé
privés participant à l'exécution du service public hospitalier, les informations
relatives à la santé d'une personne lui sont communiquées par le médecin
responsable de la structure concernée ou par tout membre du corps médical
de l'établissement désigné par lui à cet effet.
« Dans les établissements de santé privés ne participant pas à l'exécution
du service public hospitalier, cette communication est assurée par le
médecin responsable de la prise en charge du patient. En l'absence de
ce médecin, elle est assurée par le ou les médecins désignés à cet effet
par la conférence médicale.
« A la fin de chaque séjour hospitalier, copie des informations concernant
les éléments utiles à la continuité des soins est remise directement au
patient au moment de sa sortie ou, si le patient en fait la demande, au
praticien que lui-même ou la personne ayant l'autorité parentale aura
désigné, dans un délai de huit jours maximum.
« Art. R. 710-2-2. - Un dossier médical est constitué pour chaque patient
hospitalisé dans un établissement de santé public ou privé. Ce dossier
contient au moins les éléments suivants, ainsi classés :
« 1o Les informations formalisées recueillies lors des consultations externes
dispensées dans l'établissement, lors de l'accueil au service des urgences
ou au moment de l'admission et au cours du séjour hospitalier, et notamment
:
« a) La lettre du médecin qui est à l'origine de la consultation ou de
l'admission ;
« b) Les motifs d'hospitalisation ;
« c) La recherche d'antécédents et de facteurs de risques ;
« d) Les conclusions de l'évaluation clinique initiale ;
« e) Le type de prise en charge prévu et les prescriptions effectuées
à l'entrée ;
« f) La nature des soins dispensés et les prescriptions établies lors
de la consultation externe ou du passage aux urgences ;
« g) Les informations relatives à la prise en charge en cours d'hospitalisation
: état clinique, soins reçus, examens para-cliniques, notamment d'imagerie
;
« h) Les informations sur la démarche médicale, adoptée dans les conditions
prévues à l'article L. 1111-4 ;
« i) Le dossier d'anesthésie ;
« j) Le compte rendu opératoire ou d'accouchement ;
« k) Le consentement écrit du patient pour les situations où ce consentement
est requis sous cette forme par voie légale ou réglementaire ;
« l) La mention des actes transfusionnels pratiqués sur le patient et,
le cas échéant, copie de la fiche d'incident transfusionnel mentionnée
au deuxième alinéa de l'article R. 666-12-24 ;
« m) Les éléments relatifs à la prescription médicale, à son exécution
et aux examens complémentaires ;
« n) Le dossier de soins infirmiers ou, à défaut, les informations relatives
aux soins infirmiers ;
« o) Les informations relatives aux soins dispensés par les autres professionnels
de santé ;
« p) Les correspondances échangées entre professionnels de santé.
« 2o Les informations formalisées établies à la fin du séjour :
« Elles comportent notamment :
« a) Le compte rendu d'hospitalisation et la lettre rédigée à l'occasion
de la sortie ;
« b) La prescription de sortie et les doubles d'ordonnance de sortie ;
« c) Les modalités de sortie (domicile, autres structures) ;
« d) La fiche de liaison infirmière.
« 3o Informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers
n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant
de tels tiers.
« Sont seules communicables les informations énumérées aux 1o et 2o.
« Art. R. 710-2-3. - Le dossier comporte l'identification du patient ainsi
que, le cas échéant, celle de la personne de confiance définie à l'article
L. 1111-6 et celle de la personne à prévenir.
« Chaque pièce du dossier est datée et comporte l'identité du patient
(nom, prénom, date de naissance ou numéro d'identification) ainsi que
l'identité du professionnel de santé qui a recueilli ou produit les informations.
Les prescriptions médicales sont datées avec indication de l'heure et
signées ; le nom du médecin signataire est mentionné en caractères lisibles.
« Art. R. 710-2-4. - Dans le cas où le praticien qui a prescrit l'hospitalisation
demande communication du dossier, cette communication ne peut intervenir
qu'après accord du patient, de la personne ayant l'autorité parentale
ou du tuteur, ou de ses ayants droit en cas de décès.
« Art. R. 710-2-5. - Au cours de son séjour hospitalier, le patient auquel
a été administré un produit sanguin labile en est informé par écrit. L'information
est communiquée, pour les mineurs, aux titulaires de l'autorité parentale,
sauf si le mineur a fait connaître l'opposition prévue à l'article L.
1111-5 et, pour les incapables, au tuteur.
« Art. R. 710-2-6. - Les établissements publics de santé et les établissements
de santé privés participant à l'exécution du service public hospitalier
sont tenus d'informer par lettre le médecin désigné par le malade hospitalisé
ou par sa famille de la date et de l'heure de l'admission et du service
concerné. Ils l'invitent en même temps à prendre contact avec le service
hospitalier, à fournir tous les renseignements utiles sur le malade et
à manifester éventuellement le désir d'être informé sur l'évolution de
l'état de ce dernier.
« En cours d'hospitalisation, le chef de service communique au médecin
désigné dans les conditions ci-dessus et qui en fait la demande écrite
toutes les informations relatives à l'état du malade.
« Art. R. 710-2-7. - Dans les établissements publics de santé et les établissements
de santé privés participant à l'exécution du service public hospitalier,
les informations concernant la santé des patients sont conservées conformément
à la réglementation relative aux archives publiques hospitalières.
« Dans les établissements de santé privés ne participant pas à l'exécution
du service public hospitalier, ces informations sont conservées dans l'établissement
sous la responsabilité d'un ou de plusieurs médecins désignés à cet effet
par la conférence médicale.
« Dans tous les cas, le directeur de l'établissement veille à ce que les
dispositions soient prises pour assurer la garde et la confidentialité
des informations de santé conservées dans l'établissement. Lorsque, pour
assurer la confidentialité des échanges électroniques des informations
contenues dans le dossier visé à l'article R. 710-2-2, sont utilisées
des cartes électroniques, ces cartes sont conformes aux dispositions des
articles R. 161-52 à R. 161-54 du code de la sécurité sociale.
« Art. R. 710-2-8. - Lorsqu'un établissement de santé privé ne participant
pas à l'exécution du service public hospitalier cesse ses activités, les
informations concernant la santé des patients peuvent, sous réserve des
tris nécessaires, faire l'objet d'un don à un service public d'archives
par voie contractuelle entre le directeur de l'établissement et l'autorité
administrative compétente.
« Art. R. 710-2-9. - Les conditions d'accès aux informations de santé
mentionnées à l'article L. 1111-7 ainsi que leur durée de conservation
et les modalités de cette conservation sont mentionnées dans le livret
d'accueil prévu à l'article L. 1112-2. Ces informations sont également
fournies au patient reçu en consultation externe ou accueilli au service
des urgences. »
Art. 10. - La ministre de l'emploi et de la solidarité
et le ministre délégué à la santé sont chargés, chacun en ce qui le concerne,
de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel
de la République française.
Fait à Paris, le 29 avril 2002.
Lionel
Jospin
Par
le Premier ministre :
La ministre de l'emploi et de la solidarité,
Elisabeth Guigou Le
ministre délégué à la santé,
Bernard
Kouchner
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